Facturation BTP

Comment faire une facture de situation de travaux ?

Mis à jour le 22 juillet 2026 · 9 min de lecture

La facture de situation permet de facturer un chantier au fur et à mesure de son avancement, plutôt qu’en une seule fois à la fin des travaux. C’est une pratique courante sur les marchés de travaux qui s’étendent sur plusieurs semaines ou plusieurs mois — et l’une des principales sources d’erreurs quand elle est gérée sur Excel.

Dans ce guide, vous allez apprendre la méthode complète : comprendre le principe, calculer ligne par ligne, suivre deux situations intermédiaires et un solde final sur un exemple concret, et éviter la double facturation.

En résumé : pour faire une facture de situation, appliquez à chaque prestation son taux d’avancement cumulé, puis retirez les montants déjà facturés lors des situations précédentes. La somme obtenue correspond au montant HT à facturer pour la période.

Dans ce guide, nous prenons le cas simple d’une entreprise du bâtiment qui facture directement un client privé à partir d’un devis ou d’un marché détaillé. D’autres circuits documentaires peuvent s’appliquer selon le contrat ou le type de marché.

Qu’est-ce qu’une facture de situation ?

Une facture de situation (ou « situation de travaux ») est une facture intermédiaire émise en cours de chantier. Plutôt que d’attendre la fin des travaux pour facturer la totalité du marché, l’entreprise évalue régulièrement l’avancement cumulé de chaque prestation. Elle déduit ensuite les montants déjà facturés lors des situations précédentes afin de déterminer le montant de la nouvelle situation.

Chaque situation est numérotée (Situation n°1, n°2, n°3…) et s’appuie sur le taux d’avancement de chaque prestation du marché. La dernière facture — appelée solde, situation finale ou encore décompte définitif — vient clôturer le marché lorsque toutes les prestations atteignent 100 %.

Pourquoi facturer un chantier à l’avancement ?

Quatre raisons principales expliquent cette pratique :

La trésorerie. Sur un chantier de plusieurs mois, l’entreprise avance les salaires, les fournitures et les frais. Facturer à l’avancement permet d’encaisser au rythme des dépenses engagées, au lieu de porter seule le coût du chantier jusqu’à la réception.

La durée des travaux. Plus un chantier est long, plus le risque financier d’une facturation unique en fin de marché est élevé — pour l’entreprise comme pour le client.

Les dépenses engagées. Certaines prestations, comme la fourniture de menuiseries sur mesure, représentent des sorties de trésorerie importantes bien avant la fin du chantier. La situation permet de les facturer dès qu’elles sont réalisées.

Le suivi partagé. La situation constitue un point d’étape objectif entre l’entreprise et le client : chacun voit, ligne par ligne, ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire.

Quelle est la formule de calcul ?

Montant à facturer pour la période = montant cumulé actuel − montant déjà facturé

Cette formule globale résume le principe, mais le calcul réel s’effectue pour chaque prestation du marché, en trois étapes.

Étape 1 — Le cumul de chaque ligne. Pour chaque prestation, on multiplie son montant par son taux d’avancement cumulé :

Pose des fenêtres : 10 000 € HT, avancement cumulé 70 % 10 000 € × 70 % = 7 000 € HT réalisés

Étape 2 — Le montant de la période. On déduit ce qui a déjà été facturé sur cette ligne lors des situations précédentes :

Cumul actuel : 7 000 € — Déjà facturé : 2 000 € 7 000 € − 2 000 € = 5 000 € à facturer

Étape 3 — Le total de la situation. On additionne les montants à facturer de toutes les lignes. C’est le montant HT de la situation.

Quelles informations préparer ?

Avant d’établir une situation, réunissez :

  • le devis ou le marché accepté, avec le montant de chaque prestation — sur de nombreux marchés, ce détail provient directement du DPGF (Décomposition du Prix Global et Forfaitaire) fourni dans le dossier de consultation ;
  • la situation précédente (les cumuls déjà facturés, ligne par ligne) ;
  • les taux d’avancement constatés sur le chantier ;
  • les éventuels avenants ou travaux supplémentaires, identifiés séparément ;
  • la retenue de garantie éventuellement prévue au contrat ;
  • le taux de TVA applicable au chantier.

Exemple : marché de menuiserie à 45 000 € HT

Prenons un exemple fictif mais réaliste. Une entreprise de menuiserie signe un marché de remplacement des menuiseries extérieures d’un bâtiment, pour un client privé :

  • Montant du marché : 45 000 € HT
  • Durée prévisionnelle : 3 mois
  • Facturation : une situation à la fin de chaque mois

Détail des prestations

PrestationMontant HT
Dépose des anciennes menuiseries5 000 €
Fourniture des fenêtres18 000 €
Pose des fenêtres10 000 €
Fourniture de la porte d’entrée7 000 €
Pose, réglages et finitions5 000 €
Total du marché45 000 €

Chaque prestation avancera à son propre rythme — c’est précisément pour cela que le calcul se fait ligne par ligne, et non sur un pourcentage global du chantier.

Situation n°1 — fin du premier mois

La dépose est terminée, la moitié des fenêtres est fournie, la pose a démarré. La porte d’entrée et les finitions n’ont pas commencé.

PrestationMarché HTAvancement cumuléCumul réaliséDéjà facturéÀ facturer
Dépose des anciennes menuiseries5 000 €100 %5 000 €0 €5 000 €
Fourniture des fenêtres18 000 €50 %9 000 €0 €9 000 €
Pose des fenêtres10 000 €20 %2 000 €0 €2 000 €
Fourniture de la porte d’entrée7 000 €0 %0 €0 €0 €
Pose, réglages et finitions5 000 €0 %0 €0 €0 €
Total45 000 €16 000 €0 €16 000 € HT

Comme il s’agit de la première situation, rien n’a encore été facturé : la Situation n°1 s’élève donc à 16 000 € HT.

L’avancement financier global du chantier est de 16 000 ÷ 45 000 = 35,6 %. Ce taux global est un bon indicateur de pilotage, mais il ne sert jamais à calculer les lignes : le détail prestation par prestation reste la méthode la plus transparente pour calculer, contrôler et justifier l’avancement.

Situation n°2 — fin du deuxième mois

Un mois plus tard, le chantier a bien avancé. Toutes les fenêtres sont fournies, leur pose atteint 70 %, la porte est en cours de fourniture et les finitions démarrent.

PrestationMarché HTAvancement cumuléNouveau cumulDéjà facturé (S1)À facturer
Dépose des anciennes menuiseries5 000 €100 %5 000 €5 000 €0 €
Fourniture des fenêtres18 000 €100 %18 000 €9 000 €9 000 €
Pose des fenêtres10 000 €70 %7 000 €2 000 €5 000 €
Fourniture de la porte d’entrée7 000 €40 %2 800 €0 €2 800 €
Pose, réglages et finitions5 000 €10 %500 €0 €500 €
Total45 000 €33 300 €16 000 €17 300 € HT

C’est ici que tout se joue :

Nouveau cumul : 33 300 € Déjà facturé : 16 000 € Situation n°2 : 33 300 − 16 000 = 17 300 € HT

Le piège classique : facturer les 33 300 € de cumul en Situation n°2, alors que 16 000 € ont déjà été facturés le mois précédent. Résultat : une double facturation susceptible d’entraîner une demande de correction, un rejet de la facture ou un retard de paiement, avec un risque de détériorer la confiance du client.

C’est exactement pour éviter ce type d’erreur que les logiciels de situation conservent automatiquement les cumuls précédents. Découvrez comment Landeo gère les factures de situation : les avancements de chaque situation sont repris automatiquement, et le montant à facturer se calcule seul, ligne par ligne.

Situation finale — le solde (ou décompte définitif)

En fin de chantier, toutes les prestations atteignent 100 %. La situation finale — que vous rencontrerez aussi sous le nom de « décompte définitif » — facture le solde :

PrestationMarché HTAvancement finalCumul finalDéjà facturéSolde
Dépose des anciennes menuiseries5 000 €100 %5 000 €5 000 €0 €
Fourniture des fenêtres18 000 €100 %18 000 €18 000 €0 €
Pose des fenêtres10 000 €100 %10 000 €7 000 €3 000 €
Fourniture de la porte d’entrée7 000 €100 %7 000 €2 800 €4 200 €
Pose, réglages et finitions5 000 €100 %5 000 €500 €4 500 €
Total45 000 €45 000 €33 300 €11 700 € HT

Et la vérification finale confirme que tout est cohérent :

Situation n°1 : 16 000 € Situation n°2 : 17 300 € Situation finale : 11 700 € Total facturé : 45 000 € HT = montant du marché

Le marché n’a été ni sous-facturé, ni doublement facturé. Cette vérification de bouclage est votre meilleur filet de sécurité.

Comment vérifier le montant d’une situation ?

Avant d’envoyer chaque situation, passez cette checklist :

  • aucun avancement ne dépasse 100 % ;
  • aucun avancement n’est inférieur à celui de la situation précédente (sauf correction justifiée et documentée) ;
  • les cumuls déjà facturés reprennent exactement la situation précédente ;
  • la somme de toutes les situations émises ne dépasse pas le montant du marché ;
  • les avenants et travaux supplémentaires sont identifiés séparément du marché initial ;
  • la TVA est calculée après le total HT de la situation.

Quelles mentions mettre sur la facture ?

Une facture de situation reste une facture : elle comporte les mentions habituelles (identification de l’entreprise et du client, numéro de facture, date, détail des prestations, montants HT, TVA et TTC, conditions de paiement).

Ajoutez-y les éléments propres à la situation : le numéro de la situation (Situation n°2), la référence du marché ou du devis initial, le rappel du montant total du marché, le cumul des travaux réalisés, et le montant déjà facturé lors des situations précédentes. Ce détail permet au client de vérifier le calcul — et accélère le paiement.

Comment gérer la retenue de garantie ?

Lorsqu’elle est prévue au contrat, une retenue de garantie peut être appliquée aux montants à régler. Elle ne doit pas être confondue avec le calcul de l’avancement : la situation est d’abord calculée normalement, puis la retenue est présentée selon les conditions prévues au marché.

Situation n°2 HT : 17 300 € Retenue prévue au marché : 5 % Montant indicatif de la retenue : 17 300 × 5 % = 865 €

Cet exemple est volontairement simplifié. L’assiette, le taux, les modalités d’application et la restitution de la retenue dépendent du contrat et du type de marché.

Et la TVA ?

Les tableaux de situation sont d’abord calculés en hors taxes. La TVA est ensuite ajoutée au montant HT de la situation selon le taux applicable aux travaux concernés.

Dans l’exemple suivant, nous utilisons volontairement un taux de 20 % uniquement pour illustrer le calcul :

Situation n°2 HT : 17 300 € TVA à 20 % : 3 460 € Total TTC : 20 760 €

Le taux applicable dépend notamment de la nature des travaux et du bâtiment concerné (20 %, 10 % ou 5,5 % selon les cas). En cas de doute sur le taux applicable à votre chantier, rapprochez-vous de votre expert-comptable.

Quelles sont les erreurs fréquentes ?

1. Facturer le cumul complet. L’erreur vue plus haut : émettre la Situation n°2 à 33 300 € au lieu de 17 300 €. C’est la première cause de double facturation.

2. Saisir un avancement inférieur au précédent. Une prestation ne devrait pas passer de 70 % à 50 % d’une situation à l’autre sans correction justifiée. Un bon logiciel signale cette incohérence.

3. Se contenter d’un taux global. « Le chantier est à 74 % » ne dit pas quelles prestations ont réellement été exécutées. Le détail ligne par ligne permet à l’entreprise comme au client de vérifier précisément les prestations prises en compte.

4. Modifier le marché sans tracer l’avenant. Une prestation supplémentaire ajoutée discrètement au marché initial fausse tous les cumuls. Les avenants se gèrent séparément.

5. Confondre réalisé et payé. L’avancement mesure les travaux exécutés, pas les montants encaissés. Une situation peut être émise sans que la précédente soit encore réglée.

6. Oublier les situations précédentes. Un fichier Excel dupliqué, une formule écrasée, un cumul ressaisi de mémoire — et la chaîne des situations se rompt. C’est la source principale d’erreurs sur les chantiers longs.

Excel ou logiciel de situation de travaux ?

Excel peut suffire pour un marché court avec peu de lignes : le tableau de cet exemple s’y reproduit sans difficulté. Mais les limites apparaissent vite : formules à recopier sans erreur à chaque situation, fichiers dupliqués mois après mois, cumuls précédents à reporter à la main, aucun garde-fou si un avancement recule ou si le total dépasse le marché.

Un logiciel de situation de travaux comme Landeo automatise exactement ce que ce guide vient de détailler — et sur toute la chaîne. Le marché peut être saisi une fois, ou importé directement depuis votre DPGF Excel : les prestations, quantités et montants deviennent les lignes du devis, qui deviennent à leur tour la base de vos situations. Chaque nouvelle situation reprend automatiquement les avancements et les cumuls précédents, le montant à facturer se calcule ligne par ligne, et le PDF est généré avec la numérotation et les mentions attendues. Du DPGF du dossier de consultation jusqu’au décompte définitif, c’est un seul et même cycle — sans ressaisie.

Ce cycle prépare aussi l’avenir — et même le présent : avec la généralisation de la facturation électronique en France, les factures devront circuler dans des formats structurés via des plateformes dédiées. Les factures et situations générées par Landeo sont conformes à la facturation électronique : vos situations de travaux s’inscrivent directement dans le nouveau cadre, là où un tableau Excel imprimé en PDF devra tôt ou tard être abandonné.

Questions fréquentes

À quelle fréquence émettre des situations ? Le rythme mensuel est le plus courant, mais il dépend de ce que prévoit le marché : certaines entreprises facturent à l’atteinte de jalons (fin d’une phase, livraison d’une fourniture importante) plutôt qu’à date fixe.

Une facture de situation est-elle une vraie facture ? Oui. Chaque situation émise est une facture à part entière, avec son propre numéro dans votre séquence de facturation, exigible selon vos conditions de paiement.

Que se passe-t-il si le client conteste un avancement ? Le détail ligne par ligne permet d’identifier précisément les prestations contestées et de comparer l’avancement déclaré avec les travaux réellement exécutés. L’entreprise et le client doivent documenter le taux retenu et rechercher un accord sur les lignes concernées. Si une facture déjà émise doit être corrigée, il convient d’utiliser le document rectificatif adapté plutôt que de modifier silencieusement les cumuls de la situation suivante.

Une facture de situation est-elle concernée par la facturation électronique ? Oui. Les factures de situation sont des factures à part entière : elles entrent dans le champ de la réforme de la facturation électronique comme les autres. Les situations générées par Landeo sont conformes à ce nouveau cadre.

Peut-on faire des situations sur un devis simple, sans marché formel ? Oui, dès lors que le devis accepté détaille les prestations et leurs montants : il sert alors de référence pour les avancements, exactement comme un marché.


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